Alexis Peskine, le Métis inspiré


Le métis franco-russo-afro-brésilien Alexis Peskine mêle humour et engagement dans des œuvres provocantes qui détournent les codes de la culture populaire. En quelques années, le peintre est devenu la coqueluche de l’underground américain avant de revenir en France, où il occupe désormais le devant de la scène contemporaine.

QUEL EST LE POINT COMMUN ENTRE TALIB KWELI, COMMMON ET DONALD BYRD ? Ils possèdent tous une œuvre d’Alexis Peskine. Parti aux USA à l’adolescence, le métis franco-russo-afro-brésilien s’est rapidement imposé. La secret de cette réussite ? « Ses origines », confie-t-il. Son grand-père paternel était un résistant juif survivant des camps nazis, son grand-père maternel un menuisier d’une favela de Salvador de Bahia. Des amours d’un père franco-russe et d’une mère afro-brésilienne naquit Alexis en 1979.

« Je suis né à Issy-les-Moulineaux, une banlieue tranquille, mais j’ai souvent été contrôlé, avec des remarques racistes. Je suis métis et ma mère a connu un racisme plus ouvert. Aujourd’hui, c’est différent, voire bienveillant, bête. Des choses qu’on ne remarque pas forcément, comme les gâteaux Bamboula. Et puis on est traité de rabat-joie si on relève des commentaires racistes. Il faudrait accepter. »

Une protestation subtile
qui joue des codes sociaux

Accepter sans broncher les remarques vexatoires, ce n’est pas vraiment le style d’Alexis Peskine. La revendication primaire non plus. L’artiste préfère jouer avec les codes de  manière  provocatrice, cynique et fine sur des sujets sérieux. Par exemple le blanchiment de la peau, qu’il dénonce dans deux de œuvres intitulées « Nettoyage ethnique ».

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https://i1.wp.com/www.respectmag.com/sites/default/files/images/P_expo_peskine_luxembourg_4.jpg

« Nettoyage ethnique, c’est une œuvre que j’avais faite par rapport à un sujet qui m’attriste: celui du blanchiment de la peau, ou plutôt l’éclaircissement de la peau, parce que pour la plupart ces femmes ne veulent pas être blanches, elles veulent être claires.  On voit une personne au complexe apparent, un manque d’amour de ce qu’on est, un rejet de sa propre identité. J’en ai parlé d’une manière un peu cynique, en utilisant des icônes que tout le monde reconnait. J’ai réfléchi: “blanchiment”, “éclaircissement », produits  toxiques, je suis donc passé par M. Propre, car certaines vont jusqu’à se mettre de l’eau de javel sur la peau. Sur le deuxième tableau qui parle de ce sujet, je vais encore plus loin. On y voit une femme nue et M. Propre lui envoie de l’eau de javel car je voulais que les tâches touchent son corps. »

Ce travail a une grande résonance aux USA, où l’artiste a passé dix ans. « Le système américain est parfois violent, mais le confort peut rendre paresseux, il ne pousse pas à se réaliser. Pour moi, outre atlantique, tout est allé très vite : expos, soutiens… Si t’as du talent, les gens n’hésitent pas à t’aider, les réseaux s’ouvrent facilement », confie-t-il. De fait, Alexis Peskine a collectionné les récompenses : le Verizon HBCU, le Hennesy Next Master Black Competition et une multitude d’autres qu’il serait fastidieux de lister.

C’est la communauté afro-américaine qui l’a adopté. « En tant qu’artiste, c’est plus facile. Aux Etats-Unis, il y a un marché de l’art noir, des descendants d’Africains, où je retrouve une sorte d’idiome commun et vaste à la fois. » Le système est ambivalent. « L’art noir n’est pas forcément considéré comme de moindre qualité ; c’est juste une autre branche, ignorée par la majorité dominante. Avantage : ça te permet d’exister quelque part en tant qu’artiste. Inconvénient : pour devenir mainstream, il faut être adoubé par les deux ou trois « experts » de l’art noir, auxquels tout le monde se réfère.. »

Rester dans une seule case, fut-elle confortable, n’inspire pas Alexis Peskine, qui préfère faire bouger les lignes. Il décide donc de revenir dans une France, qu’il sait plus frileuse, pour devenir un agitateur de consciences. Son art se fait encore plus politique, notamment cette œuvre « La France des Français », en référence aux émeutes de 2005 en France, puis à la campagne nauséabonde sur l’identité nationale.

Alexis Peskine/Alexis Peskine_La France des Français
La technique de l’artiste progresse, s’affine jusqu’à devenir unique. Alexis Peskine enfonce les clous sur le bois laqué à la glycéro, puis les rehausse de feuilles d’or.

Bien sûr, l’artiste dérange. Certains réacs sont choqués, quelques rares experts autoproclamés de l’art contemporain éructent. Un moindre mal tant il serait dommage qu’une telle œuvre soit consensuelle. Les autres spectateurs, dont le Projet Métis, ne peuvent que se réjouir d’un artiste qui vise juste et réconcilie l’avant-garde et la culture populaire.

2 réflexions au sujet de « Alexis Peskine, le Métis inspiré »

  1. Bonjour Alexis,, je ne c pas si vous vous souvenez de moi, je vous suivais sur Facebook, Nathalie Okou. Je viens de lire votre article et je voulais vous dire que c très passionnant et pertinent. Bravo. Mon mari et moi (surtout moi) aimerions vraiment vous rencontrer lors d’une prochaine exposition en France pour vous connaître enfin…et admirer vos oeuvres. Votre travail m’intéresse énormément. Merci à très bientôt.! Nathalie OKOU

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