Emmanuel Gabla, Métis polytechnicien et sage du CSA


Haut fonctionnaire, Emmanuel Gabla, métis franco-togolais de 42 ans, siège depuis 2009 au CSA, après avoir été conseiller technique à Matignon et directeur de cabinet du ministère de l’Industrie. Confidences d’un surdoué.

– VOUS ÊTES UN MÉTIS FRANCO-TOGOLAIS, mais vous n’avez pas été beaucoup au Togo. Comment s’est passé votre enfance ?

– Je suis né en 1969. Mon père d’origine togolaise, est arrivé en France à l’âge de 18 ans. Envoyé par les pères missionnaires alsaciens, il arriva tout naturellement dans cette région, et a fait ses études à Strasbourg. Ma mère est d’origine lorraine, ils se sont rencontrés à Strasbourg pendant leurs études universitaires et ils ont eu deux enfants, mon frère aîné, né en 1962, et moi-même. Ma mère est médecin anesthésiste et mon père professeur de philosophie. Et Docteur en sociologie. J’ai intégré Polytechnique en 1988, puis le corps des Télécoms en 1993.

– Après une expérience réussie à Bruxelles, vous avez été appelé à Matignon. Comment cela s’est passé ?

En 2002, il y a eu les élections, le gouvernement s’est mis en place. J’ai été proposé pour aller rejoindre Jean-Pierre Raffarin à Matignon comme conseiller sur des dossiers concernant les postes et les télécoms. C’est le corps des télécoms qui a proposé ma candidature ainsi que celles d’autres candidats. J’ai été reçu et j’ai été choisi. Je suis resté deux ans là-bas, à une période tout aussi intéressante. C’était également le moment où France Télécom était secouée (70 milliards d’euros de dette, arrivée de Thierry Breton), La Poste était aussi dans une situation difficile et Jean-Paul Bailly est arrivé. C’était des moments délicats pour ces secteurs.

En 2004, il y a eu un remaniement ministériel. Nicolas Sarkozy est arrivé ici à Bercy, et on m’a proposé d’être directeur adjoint du cabinet de Patrick Devedjian qui était son ministre délégué en charge de l’industrie. Par la suite en août 2005, j’ai été nommé ici chef du service des technologies et de la société de l’information qui a en charge toute la politique réglementaire et aussi de soutien à la recherche et développement dans le secteur des technologies de l’information.

Aux Etats-Unis, j’ai vu beaucoup de personnes issues de minorités dans les télécoms. Les américains en jouent même

Dans vos fonctions, comment réagissent les gens qui viennent vous voir, et qui ne s’attendent pas à ce que vous soyez noir ?

Je n’ai jamais senti de réaction de surprise en France. Dans mes rapports avec l’étranger, c’est parfois arrivé. Non pas de déception, mais plutôt de surprise positive. Particulièrement des pays africains, ce qui permet souvent d’avoir des réactions plus directes. J’ai déjà eu des remarques positives de la part d’interlocuteurs américains qui m’ont dit que la France évoluait dans le bon sens…Cela dit, dans ma promotion de Polytechnique, nous n’étions que deux sur 300…

Quels conseils donneriez-vous à des personnes issues des minorités ou travailler dans les télécoms ?

La première des choses, c’est qu’il faut travailler à l’école. Mon père nous disait toujours « je ne veux pas avoir à pistonner mes enfants. Je veux que quand ils arrivent quelque part, leurs accomplissements soient comme une cellule photo électrique et que les portes s’ouvrent automatiquement, et ce malgré leur couleur. » Il faut mettre le maximum de chances de son côté, ce qui passe par les études et un diplôme. Un second conseil c’est d’être compétent. Il ne faut jamais croire que sa couleur ou le fait qu’on pourrait faire de la discrimination positive va compenser ses lacunes professionnelles. Le passe-droit doit être du à vos compétences.

Aux Etats-Unis, j’ai vu beaucoup de personnes issues de minorités dans les télécoms. Les américains jouent même là-dessus. En 1995, en Afrique du Sud, j’ai participé à une conférence sur le thème « société de l’information et développement » à Johannesburg. La délégation américaine était conduite par un ambassadeur noir, ils avaient fait venir leur chef de l’autorité de régulation qui était noir, l’un des numéro 2 du département du commerce, responsable des fréquences, était noir. Tous les responsables de leurs départements ministériels étaient noirs ! Et je sais qu’à l’époque l’ambassadeur français qui conduisait notre délégation m’avait dit « on est content de vous avoir, Emmanuel ». (rires)

Plus sérieusement, il faut que la France se rende compte qu’elle possède, par la diversité de ses populations, une richesse qu’il faut exploiter. Cela dit, les entreprises en ont conscience, et la société évolue. J’ai bon espoir car s’il y a quinze ans on avait dit qu’on prendrait des mesures spécifiques pour les femmes, les gens auraient dit qu’on voulait « démanteler la république ». A titre personnel, sans être « l’arbre qui cache la forêt », je veux être un exemple montrant que le plafond de verre n’est pas un plafond sans trous.

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