Cliché #3 : la diversité raciale favorise la tolérance


L’UNE DES VARIATIONS DU CLICHÉ #1, c’est la phrase maintes fois entendue : « On a tous grandis ensemble, donc on a moins peur de nos différences. Plus on va se connaitre les uns les autres, mieux on va vivre ensemble. » J’avoue moi-même avoir cru à cette maxime optimiste. Cet argument revient également souvent dans les débats politiques. Sans que l’on ait constaté une quelconque amélioration. Et s’il s’agissait d’une mystification ? Au Brésil, à Cuba, ou à Saint-Domingue, la diversité raciale s’accommode très bien du racisme, établissant même parfois des hiérarchies sociales sur les degrés de pigmentation de la peau.

Des chercheurs se sont penchés sur ces deux facteurs et ont tenté de démêler les tenants et aboutissants de cette relation. Quelle est la relation entre diversité raciale du quartier et tolérance ? C’est tout l’objet de l’étude du sociologue Robert Putnam.

Le professeur de Harvard a mené une large étude sur un échantillon de près de 30 000 personnes en mesurant ce qu’il nomme le capital social ( » les réseaux qui relient entre eux les membres d’une société et les normes de réciprocité et de confiance qui en découlent »).  Il va alors tenter de corréler la diversité raciale (au sens du recensement américain mais ne distingue que quatre groupes : les Hispaniques, les Blancs non-hispaniques, les Noirs non-hispaniques et les Asiatiques) au capital social .Alors qu’il avait débuté son étude avec un présupposé positif, Robert Putnam s’avoue surpris par les résultats de son enquête. Il en ressort que :

–> La diversité raciale est corrélée négativement avec la confiance interpersonnelle et intercommunautaire.  
–> Dans ces mêmes communautés, non seulement la confiance inter-raciale est plus faible qu’ailleurs, mais la confiance intra-raciale l’est aussi ;

Selon Putnam, la diversité raciale ne conduit
ni au clash communautaire, ni au rapprochement
mais à l’indifférence 

Les deux hypothèses les plus en vogue avant l’étude étaient celles du conflit (« choc des civilisations » de Hunttington)  ou celle de la convergence par le contact. Les deux paraissent faussent selon le professeur d’Harvard.  Dans les quartiers les plus diversifiés, les habitants ne se méfient pas seulement des personnes qui ne leur ressemblent pas, ils se méfient également de ceux qui appartiennent à leur propre communauté, que cette communauté soit raciale, religieuse, nationale…  D’où la synthèse de Putnam : « La diversité déclenche non pas une division interne/externe au groupe mais l’anomie ou l’isolement social. »

Attention cependant à ne pas tirer des conclusions trop rapidement. Les travaux de Putnam ont notamment subi quelques sévères critiques soulignant les lacunes du sociologue américain dans la prise en compte des liens sociaux. De plus, la notion de race est très fortement ancrée aux États-Unis accentuant les différences. Il n’est pas aisé de transposer ces notions dans le contexte européen, ou dans des pays comme la France où la notion de race est, à juste titre, beaucoup plus discutée.

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