Dirigeants africains métis #1 : Moïse Katumbi se retire de la vie politique


Gouverneur du Katanga, riche businessman et actionnaire d’un club africain de football prestigieux – le TP Mazembe -, Moïse Katumbi est l’un des dirigeants africains les plus puissants. Élu dans un fauteuil en 2006, ce Métis est très populaire dans sa région. Il a décidé de se retirer de la vie politique en avril 2011 pour se consacrer entièrement aux affaires.

MOISE KATUMBI est plus complexe que l’image de tribun populiste et populaire qu’il affectionne. Derrière l’allure adolescente et le grand sourire du sportif se cache un homme d’affaires avisé, l’héritier d’une longue histoire familiale. Son père, Nissim Soriano, appartient à l’une de ces familles de Juifs séfarades originaires de l’île de Rhodes qui émigrèrent au Katanga entre les deux guerres pour fuir les nazis (Rhodes était alors sous domination italienne). Moïse, né le 28 décembre 1964, grandit au bord du lac Moero, à la frontière zambienne, où son père s’est lancé dans le commerce du poisson. Une activité que développera ensuite son frère aîné, Raphaël, qui est aussi professeur de mathématiques. Le gouverneur du Katanga reconnaît que, dans sa jeunesse, il était différent de son grand frère. “Lui, il étudiait, il voulait faire de la politique. Moi, c’était le sport, la pêche…” Raphaël Katebe Katoto aura un parcours pour le moins sinueux : il mène ses affaires en Zambie, en Afrique du Sud, collabore à l’approvisionnement de l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) lorsque le mouvement de Jonas Savimbi est secrètement soutenu par les Américains. Récemment, il a été épinglé par un rapport d’experts de l’ONU l’accusant d’être l’un des financiers de Laurent Nkunda [ancien chef rebelle tutsi du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), arrêté en janvier 2009]. Sans renier son frère, Moïse assure que depuis longtemps il a pris ses distances. “Lorsqu’il a contesté l’autorité de Kinshasa et en particulier celle du président élu, Joseph Kabila, nous avons divergé. Moi, je suis membre du parti du président, j’ai fait campagne pour lui en 2006 et je fais tout pour qu’en 2011 il soit réélu dans un fauteuil…”

Lors de la campagne électorale, Moïse distribuait des cadeaux aux électeurs. Mais sa générosité n’était pas uniquement inspirée par l’opportunité politique. Paul, un de ses anciens camarades de classe, se rappelle qu’il a toujours aimé partager.“Il arrivait à l’école avec des sacs de provisions qu’il distribuait à ses condisciples, ce qui le rendait très populaire…” Au lieu de prolonger ses études, Moïse préfère se lancer dans le commerce et, à Lubumbashi [capitale du Katanga], les plus anciens se souviennent encore de ce jeune métis noirci par la vie au grand air qui venait vendre à la Gécamines [société d’Etat qui gérait une grande partie des exploitations minières de la province du Katanga] des chargements de poissons pêchés dans le lac Moero. Comme son frère, Moïse opère à la fois au Congo et en Zambie, sous la protection du président Frederick Chiluba [président de la Zambie de 1991 à 2002]. Il s’y lance dans des affaires juteuses – transport, commerce, approvisionnement alimentaire –, et il sera éclaboussé par les affaires de corruption qui seront reprochées à Chiluba.

Revenu au Katanga, Moïse Katumbi crée la société MCK (Mining Company Katanga), qui participe à la privatisation de la Gécamines en obtenant trois gisements miniers importants, à Kinsevere, Tshifufia et Nambulwa, au nord-est de Lubumbashi. Le modèle de partenariat est un classique du genre : la Gécamines garde 20 % des parts et MCK en obtient 80 %. Le contrat de location prévoit la mise en exploitation du gisement de cuivre et de cobalt. Selon le journal congolais La Conscience, l’opération dans son ensemble rapportera à Moïse Katumbi 61,3 millions de dollars – un pactole qui lui donnera les moyens de financer une campagne électorale à l’américaine dont bénéficiera aussi Joseph Kabila.

A l’exploitation minière proprement dite Katumbi préfère les travaux de terrassement. Devenu gouverneur du Katanga, il se retire des affaires et inscrit la société MCK… au nom de sa femme. Les mauvaises langues assurent que les camions rouges du gouverneur ne font jamais la queue à la douane. Le fait que le patron de la province soit un homme riche ne dérange pas les Katangais. “Lui au moins n’a pas besoin de recourir à la politique pour s’enrichir”, dit-on à Lubumbashi. Et, lorsque la méfiance ou les pressions de Kinshasa se font trop lourdes, Katumbi peut menacer de tout laisser tomber et de reprendre ses affaires. Justifiant sa générosité, il ne craint pas de proclamer : “Moi, c’est le peuple que je veux corrompre. Je veux répondre aux besoins de mes électeurs, tenir mes promesses…”

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