Le métissage brésilien a une composante européenne plus forte que prévue


LEMONDE | 23.02.11 | 13h19  •  Mis à jour le 23.02.11 | 13h19

Brésil Correspondant – Nation métisse par excellence et fière de l’être, le Brésil possède un mélange humain plus européen qu’il ne le pensait.

Tel est le principal enseignement de l’étude scientifique coordonnée par le généticien brésilien Sergio Danilo Pena, de l’université du Minas Gerais et publiée dans la revue PLoS (www.plosgenetics.org). Cette enquête visait à déchiffrer les traits ancestraux de la population brésilienne à travers l’examen des gènes d’un échantillon d’un millier de personnes.

Principale surprise : chez tous les Brésiliens, quelle que soit la couleur de leur peau, prédomine un héritage génétique européen. Il représente, selon les régions du pays, entre 60 % dans le Nord-Est et 77 % dans le Sud des gènes humains.

Même les Brésiliens qui se définissent comme « noirs » – l’une des cinq « couleurs ou races » retenues par les statistiques officielles – ont une forte « ancestralité » européenne. C’est le cas des Afro-Brésiliens de l’Etat de Bahia, dans le Nordeste, dont le patrimoine génétique est européen à 54 %. Métissage oblige, les gènes européens des mulâtres vivant dans le nord du pays sont encore plus nombreux (68 %).

Seuls 30 gènes sur 30 000 déterminent l’apparence physique

Le décryptage de l’ADN permet de relativiser l’hétérogénéité supposée du peuple brésilien. « Nous nous attendions à une forte ancestralité européenne dans le Sud et le Sud-Est, mais pas dans le Nord et le Nord-Est, s’étonne Sergio Pena. Génétiquement, le Brésil est bien plus homogène qu’on ne le pensait. »

Ce généticien rappelle au passage une évidence : l’héritage ancestral n’est pas forcément lié à l’apparence physique. Pour une raison simple : sur les quelque 30 000 gènes d’un corps humain, 30 au maximum déterminent « la couleur de la peau et des yeux, la forme du visage, la taille du nez ».

Les résultats de cette étude renvoient à l’histoire du Brésil. Lors de sa découverte, le pays comptait au moins 3 millions d’indigènes ; ils ne sont plus que 1 million. Entre le XVIe siècle et 1850, près de 4 millions d’esclaves ont été acheminés d’Afrique.

La politique de « blanchissement » ethnique, inspirée par les théories racistes de Gobineau – qui fut diplomate à Rio -, puis l’abolition de l’esclavage, en 1888, encouragent l’afflux d’immigrants européens : 6 millions depuis 1872. « Tout Brésilien, même quand il est clair et qu’il a les cheveux blonds, porte dans l’âme l’ombre ou la marque de l’indigène ou du Noir », notait en 1952 l’ethnologue Gilberto Freyre. L’inverse aussi est vrai.

Jean-Pierre Langellier

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