Un métis, tentative de definition (par Emmanuelle Saada, Nouvel Obs, 04/02/2011)


Métis vient du latin mixtius mélangé. Dans le Petit Robert, le métis est l’enfant de parents de différentes couleurs de peau. Mais la couleur de peau se réduit-elle à la dualité noir blanc ? Là-dessus, les dictionnaires sont plus flous : l’eurasien est métis pour le Larousse, l’amérindien pour le Littré… Rien en revanche sur les populations d’origine maghrébine, comme si la couleur de peau d’un vietnamien était radicalement différente de celle d’un algérien ou d’un caucasien. Les sociologues tendent aujourd’hui à considérer l’enfant métis comme issu de deux ethnies différentes. Bref, un eurasien sera métis, un enfant franco-belge, non. Une définition qu’on retrouve très tôt dans notre histoire. Le mot « métis » apparaît ainsi de façon tout à fait officielle en France dès le XIXe siècle. Il s’agit des enfants nés de l’union entre un(e)« Européen » et un(e) « indigène ». Un décret de 1928 dans le Journal officiel stipule même que ces fameux « métis » doivent être « présumés de race Française ». Comme l’a brillamment démontré l’historienne Emmanuelle Saada (1), la République Française ne savait trop quoi faire de ces enfants « bâtards » : alors qu’ils étaient de simples sujets, comme les indigènes, elle a tenté du coup de les « assimiler », en leur accordant une citoyenneté de plein droit. Et quelquefois rapatriés de force en France pour les couper de l’élément indigène…

(1)   Les enfants de la Colonie, Emmanuele Saada, La Découverte, 2007

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